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Despentes qui parle du privilège blanc, c'est une bonne chose

Publié le 4 juin 2020

A peine Despentes a-t-elle publié son billet sur le privilège blanc que les critiques tombent : "elle parle à la place des non-Blancs", "elle se réapproprie les luttes qui ont été menées par les indigènes", "elle invisibilise les "racisés"" etc.

Du coup, on se demande bien quel serait le rôle que les Blancs devraient tenir pour être pile-poil à la bonne place ? Faut-il souhaiter que sa parole soit la moins impactante possible ? Auquel cas, on se demande bien à quoi pourraient servir les "alliés" blancs ? Faut-il exiger d'elle qu'elle donne sa place à un indigène pour écrire ce genre de papier ? Auquel cas, à quoi servirait le capital/label "Despentes" ? A quoi servirait sa force de frappe médiatique et son aura ? Faut-il qu'elle les mette au strict service des causes blanches ? Si elle le faisait, n'entendrait-on pas monter les clameurs indigènes lui reprochant son silence ?

Bref, il me semble qu'il y a ici à la fois de la mauvaise foi mais aussi un manque de pragmatisme manifeste.

- Mauvaise foi parce que les indigènes n'ont pas attendu Despentes pour prendre la parole, s'exposer et prendre des risques. Que de noms ont fleuri qui nous rendent fières depuis tant d'années : Maboula Soumahoro existe-t-elle ? Rokhaya Diallo existe-t-elle ? Marwan Muhammad existe-t-il ?Amal Bentounsi existe-t-elle ? Franco Lollia existe-t-il ? Aurélie Garand existe-t-elle ? Françoise Vergès existe-t-elle ? Les indigènes existent-il ? Les ancêtres existent-ils ? Au PIR on n'a aucun complexe. On sait qui à créé les conditions d'émergence de ce discours, qui l'a théorisé, qui l'a politisé. Et c'est pas Despentes.

Mauvaise foi car avant-hier, devant le palais de justice de Paris, c'est bien une femme non blanche qui a harangué une foule d'au moins 30 000 personnes. Elle existe.

Mauvaise foi car ce sont bien les sans-papiers qui ont imposé le retour des mobilisations de rue samedi dernier. Ils existent.

Bref mauvaise foi, car ce sont les indigènes qui ouvrent la voie dans la séquence que nous sommes en train de vivre. Les Blancs suivent, soutiennent et prennent leurs responsabilités dans le meilleur des cas (et c'est tant mieux), ils résistent et tirent à boulets rouge dans le pire des cas.

- Manque de pragmatisme car au lieu de reprocher à Despentes ce qu'on lui reprocherait de ne pas faire, il faudrait au contraire déplorer qu'il n'y ait pas assez de Blancs pour dire à la place qui est la leur ce qu'ils ont le devoir de dire et faire pour mettre fin au racisme.

Au PIR nous n'avons jamais suivi cette pente défaitiste. Nous avons toujours considéré que la moindre avancée chez les Blancs était une victoire même lorsque celle-ci est imparfaite, insatisfaisante, consensuelle ou conditionnée. Nous n'en sommes pas moins conscients des dangers de l'hégémonie blanche qui pèsent sur nos luttes et nos orientations. D'où notre attachement farouche et inconditionnel à l'autonomie.

Bref, plus de Despentes et moins de Zemmour et de Ciotti. Ca sera mon voeux pour cette journée.

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