Discours

Comme Fanon, accomplir notre mission - Ouverture Bandung du nord

Ce discours d'ouverture a été prononcé le 4 mai 2018 au Bandung du Nord.

Bonsoir à tous, salam,

Tout d’abord, je voulais dire mon honneur d’être ici ce soir mais aussi l’honneur que nous font ces trois prisonniers politiques de parrainer ce Bandung du Nord: Mumia Abu Jamal, Leonard Peltier et Georges Ibrahim Abdallah. On aurait pu ajouter Salah Hamouri actuellement en prison en Israël ou Marwan Barghouti, tous prisonniers politiques, tous non Blancs, tous enfermés dans les geôles des grandes démocraties occidentales, tous victimes du racisme d’Etat qui a l’impérialisme chevillé au corps. C’est eux qui sont en prison et ils nous soutiennent, nous qui sommes libres. C’est d’une incroyable générosité. J’espère que nous serons à la hauteur de l’honneur qu’ils nous font.

J’ai évoqué ces trois hommes, je voudrais évoquer trois femmes qui heureusement ne connaissent pas le même sort mais tout de même. En Occident, les femmes issues de l’histoire coloniale, on les aime libres parce qu’on les suppose soumises. C’est tout à l’honneur des amoureux de la liberté, mais le paradoxe, c’est que lorsqu’elles sont libres, véritablement libres, qu’elles agissent, qu’elles militent, qu’elles se battent, eh bien, elles sont vilipendées, diffamées voire écrasées. Ces trois femmes sont Maboula Soumahoro, Rokhaya Diallo et Danièle Obono. J’aurais pu ajouter Sihame Assbague, Ismahane Chouder ou moi-même. Nous avons toutes été traînées dans la boue dans la presse mainstream et par une grande partie de l’intelligentsia française pour avoir osé être libres et prendre en main notre destin. Et si je m’attarde sur cela, c’est qu’évidemment cette situation, à l’intérieur du Nord n’est pas nouvelle. Notre marraine du soir, Angela Davis, en avait elle-même fait les frais lorsqu’elle était poursuivie par le FBI, toute proportion gardée bien évidemment. Aussi s’il y a une chose que je voudrais rappeler ce soir, c’est le conseil de notre grand frère Frantz Fanon, qui nous enjoignait il y a une soixantaine d’années d’identifier notre mission, de l’accomplir ou de la trahir. Si Mumia, Leonard et Georges sont actuellement en prison, si ces femmes sont traînées dans la boue, c’est qu’ils et elles ont identifié leur mission, tentent de l’accomplir et refusent de trahir. Pour ce faire, et c’est le grand message de ce Bandung du Nord, il est temps de reconnaître notre mission d’abord anti-impérialiste et décoloniale, de nous unir au-delà des frontières, de participer comme toutes les forces de résistance à l’alternative politique à l’intérieur du Nord, de comprendre et faire comprendre que nous ne serons jamais un problème mais une partie de la solution.

Je vous remercie.

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